Le 9 novembre à l’occasion de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin, le président de la commission européenne exprimait de façon légère sa vision de l’Europe face à la sphère politique allemande et européenne. Retour sur un discours paradoxal applaudi par un public – déjà convaincu – politisé, formé et informé sur l’Europe.

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Il est si drôle, plein d’humour lorsqu’il arrive face à son pupitre et qu’il annonce qu’il ne lira pas le discours préparé quelques jours plus tôt par son équipe parce qu’il contenait 3 pages consacrées à la victoire d’Hillary Clinton (rires)… Ce président qui ne prépare pas ses discours et qui ne les lit parfois même pas avant d’arriver face à son public n’est pas non plus au courant de tout ce qui se passe au sein de sa Commission. Ainsi, il proclame fièrement qu’il y a au moins cinq décisions par jour dont il n’a aucune idée mais que grâce aux journaux, il tombe parfois par hasard sur une décision qui l’interpelle. Comme celle de couper les fonds européens à destination de l’orchestre des jeunes de l’Union européenne qui jouait ce soir-là. Le pouvoir de cette unique personne lui permet de remédier immédiatement au problème en passant un unique coup de fil qui remet en route les financements de l’orchestre. Quel homme ! (Applaudissements).

Après avoir annoncé qu’il aimerait parler du futur de l’Europe qu’il souhaiterait, toujours sur un ton léger, Juncker passe en revue le pacte de stabilité, le plan d’investissement autrement appelé plan Juncker car « l’administration lui a donné mon nom sans me concerter parce que tout le monde pensait qu’il n’allait pas fonctionner, maintenant qu’il fait ses preuves, il s’appelle plan d’investissement pour l’Europe, mais je vous assure que c’est la même chose » (rires)… On passe à l’immigration avec la vague idée d’un projet de voie légale pour entrer sur le territoire européen tout en mettant l’accent sur le plan d’investissement de l’UE en Afrique afin d’y encourager la création d’emploi ce qui permettrait de diminuer le flux d’immigration… Si on parle d’immigration, on parle forcément de sécurité, « je ne veux plus voir de Kalachnikov en France » dit Juncker [applaudissements] qui oublie que l’UE est le premier exportateur d’armes vers les pays qui ne respectent pas les droits de l’homme. Enfin, on veut bien travailler avec Trump pour le TTIP mais il faut maintenant construire une sécurité européenne commune sans les Etats-Unis dirigée par un président populiste (applaudissements).

« Quarante-cinq minutes pour parler de l’état de l’Europe, c’est bien trop peu », confie Juncker à l’assemblée présente, et c’est tout. Pas un mot sur l’état de la communication politique des affaires européennes qui permet la montée en puissance du populisme sur tout le continent. Pas un mot sur la stratégie de communication de l’UE vers ses citoyens, pas un mot sur ces citoyens qui n’entendent que rarement parler d’Europe dans les médias nationaux. Micro en main, les journalistes de la radio berlinoise Kiez.FM sont allés lui poser la question. « La principale faute vient de la Commission, bien sûr car notre façon d’expliquer les choses dépasse ceux qui nous écoutent », répond-il, « mais parfois, les citoyens n’écoutent pas et ça c’est très difficile ». A savoir si la commission travaille actuellement à une nouvelle stratégie de communication, la réponse est non, il n’y a pas de stratégie, « il s’agit d’expliquer en des mots simples des choses compliquées sans trop les vulgariser ». Alors, concrètement, comment faire cela ? « Et bien, en m’adressant à des publics comme ce soir à Berlin, en donnant des entretiens de presse, en parlant de l’Europe d’une façon qui parle aux citoyens de l’Europe ». Ce soir-là, la salle était remplie de députés et autres politiciens ou représentants d’organisations européennes. Si monsieur Juncker pense qu’il s’adresse aux citoyens européens dans un tel cadre, il se trompe complètement. La conférence se termine par un magnifique buffet où l’on peut entendre que Juncker est « un homme tellement charismatique, je ne peux pas m’empêcher de vouloir prendre une photo avec lui ». Bienvenue dans la bulle européenne des Européens déconnectés.

Le podcast de l’interview avec Juncker est disponible ici.

Article paru dans Le Taurillon le 19 novembre 2016.

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